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Actualité et Opinions
Pierre Santamaria : Quel avenir pour la presse écrite ?
L’arrivée d’Internet ces dix dernières années a complètement changé le monde. On peut aisément dire qu’Internet aujourd’hui n’est plus simplement un canal de communication, mais un environnement à part entière, au sein duquel les personnes passent du temps, nourrissent leurs passions et leur besoin d’information. Qui plus est, les dernières années nous prouvent qu’être informé de tout ce qui est nouveau à tout moment est une sorte de passage obligé si on ne veut pas risquer de se sentir exclu. Cette perspective a été renforcée par l’accès illimité que nous avons à une multitude d’informations, tout au long de la journée, sans restriction de temps et de lieu. Tout cela affecte donc sérieusement la façon que nous avons de percevoir, d’utiliser et de consulter la presse.
Récemment, les autorités qui observent le marché ont annoncé la fin de la presse telle qu’on la connait : Rupert Murdoch a déclaré « qu’Internet avait perverti la presse » (26 Novembre 2005) et The Economist a aussi publié que « même si la presse quotidienne n’a pas encore commencé à disparaitre massivement, ce n’est qu’une question de temps. D’ici quelques années, la moitié des journaux du monde entier auront cessé d’exister. » (24 aout 2006) En décembre dernier, le Times, compte tenu de la recrudescence de sites de réseaux sociaux, a consacré « l’internaute » comme La personne de l’année 2006 : la seule qui contrôle vraiment l’évolution rapide de notre ère de communication.
Cette nouvelle donne, dans laquelle le 4ème pouvoir n’est plus seulement tenu par les journaux laisse apparaitre un futur inquiétant pour la presse, concernant ses revenus publicitaires et par conséquent, sa façon traditionnelle de fournir l’information.
Une étude réalisée par OTO Research début 2007 sur les opinions des internautes, a d’ailleurs confirmé ce scénario d’incertitude ainsi qu’une prochaine révolution.
Ce nouveau contexte informationnel a rendu le lecteur (habitué à recevoir des news « sur le vif », personnalisables et interactives) de plus en plus demandeur et critique tandis que la presse écrite ne répond plus à ses besoins.
De fait, il existe deux sortes de motivation à lire un article de presse : la première est rattachée à la pression sociale que nous ressentons d’être informés, l’autre est plus connectée au plaisir et à l’intérêt personnel d’approfondir certains sujets.
Parmi ces deux motivations différentes (personnelle et sociale), chaque canal avec ses contraintes d’usage et d’occasions prend une position dans l’esprit du consommateur.
Ainsi, ce que nous pensons de la presse et du web en tant que sources d’information est fortement rattaché à la manière que nous avons de rechercher l’information.
Les résultats d’une étude ont montré que les personnes mues par des motivations sociales semblaient plus enclin à délaisser la presse en faveur du web, qui répondrait mieux au besoin d’être au courant des dernières nouvelles, n’importe quand, n’ importe où.
D’un autre côté, la presse est toujours considérée comme un support idéal pour approfondir un sujet, mais dans ce domaine également, elle est en train de perdre sa suprématie.
Même la légitimité d’auteurs référents est aujourd’hui remise en question alors que les sources se multiplient et que les contenus libres que l’on trouve sur le net ont une vision critique de la presse papier. Dans plusieurs pays, les blogueurs influents sont devenus de plus grands leaders d’opinions que ne le sont les auteurs référents de la presse.
Internet et la presse répondent donc à des besoins différents concernant l’information : vitesse, disponibilité, et multiplicité des accès aux différents contenus d’une part ; calme, plaisir et approfondissement d’autre part. Pour cette raison les personnes mues par la soif de lecture n’arrêtent pas de lire la presse mais l’associent à d’autres sources afin de satisfaire leur besoin d’information. Dun autre côté, de plus en plus de gens voient cette nouvelle offre en ligne comme une opportunité d’obtenir exactement ce dont ils ont besoin.
En effet, 1/3 des internautes déclarent avoir réduit le temps qu’ils passaient à lire la presse ces deux dernières années. Parmi eux, 83% sont passés de la presse papier à l’internet pour les raisons suivantes :
- Son accessibilité (83%)
- Son interaction et le potentiel de personnalisation de ses contenus (70%)
- Ses contenus supplémentaires (67%)
- Les contenus multimédias (58%)
On peut aussi noter que seulement quelques personnes préfèrent internet parce que c’est gratuit, ce qui montre que ce n’est pas un critère de choix déterminant.
Néanmoins, le schéma actuel nous montre que la majorité des internautes lit aussi bien les infos en ligne que dans la presse mais des signaux montrent un prochain changement.
De plus, même parmi les personnes ayant recours à ces deux sources, la compétition devient plus grande et plus complexe : en effet sur le net il n’y a pas seulement des journaux en ligne mais aussi des portails, des sites d’informations, des sites de chaines d’info... élargissant ainsi le champ des possibles en matière de sources d’informations.
Dans ce paysage constamment en mouvement, où nous avons déjà assisté à l’intégration des médias, la presse doit relever le défi de l’interactif.
Le web est encore loin d’envahir le territoire de la presse, mais les consommateurs ont changé leur façon d’interpréter et de satisfaire leur besoin d’information …. La presse ne mourra pas si elle parvient à réinventer ce qui constitue aujourd’hui la valeur réelle pour ses lecteurs : la complémentarité entre les différents canaux.
Pierre Santamaria, Directeur Général d'OTO Research







